MŌDDO MAGAZINE

Babyfist: mode et féminisme made in Palestine

Yasmeen Mjalli a 22 ans et vit à Ramallah en Cisjordanie occupée. A quelques kilomètres de là, dans l’enclave palestinienne, vit Hassan Shehada, 50 ans. Rien ne les prédestine à se rencontrer, pourtant depuis 3 ans, ils réalisent chaque jour le rêve de l’autre. En 2017, la jeune designer lance une ligne de vêtements résolument féministe, BabyFist et ouvre sa boutique à Ramallah. Une marque engagée qu’Hassan, gérant d’un atelier textile, produit et exporte dans le monde entier. Le tout estampillé « Made in Palestine ».

« Not your Habibti » la mode contre le harcèlement de rue

Not your Habibti (pas ta chérie) est un des messages les plus forts de toute la collection BabyFist. Brodé sur des t-shirts, le slogan est rapidement devenu le symbole d’un féminisme qui ne connait pas de frontières. Yasmeen Mjalli est américano-palestinienne et a grandit aux US. Il y a 3 ans, la jeune femme renoue avec la Palestine son pays d’origine.

Vite intégrée, elle reste pourtant frappée par l’attitude de certains hommes. «J’ai eu droit à des commentaires, des regards insistants et gênants, le genre qui vous fait sentir que votre intimité a été violée. J’ai été agressée dans les rues, des gens me touchaient». C’est dans les rues de Ramallah, confrontée aux regards et victime d’agressions que naît le combat féministe de Yasmeen Mjalli. Avec Babyfist, la jeune femme redonne du pouvoir aux femmes et amorce un début de dialogue sur le thème du féminisme dans une région où l’occupation ne permet pas aux autres causes de s’exprimer.

 

Ecrire l’histoire d’un féminisme universel

Pour la jeune femme qui a grandit en occident, les violences faites aux femmes ne connaissent pas de géométrie variable. Toutefois en Palestine, Yasmeen Mjalli fait face à la loi du silence. Une omerta sur le harcèlement de rue conjugué à un système législatif incomplet qui ne protège pas les femmes. Alors face au silence, elle écrit. Sur une place au centre ville de Ramallah, la jeune femme s’installe sur une table avec une machine à écrire dans le but de recueillir des témoignages. La machine à écrire est un objet symbole puisque c’est avec ces mêmes machines que les administrations israéliennes délivrent des permis de circuler aux palestiniens. Avec la sienne, Yasmeen libère la parole des femmes. Les jeunes palestiniennes qui n’osaient pas s’approcher au début, finissent par se laisser convaincre et certaines avaient même plusieurs histoires à raconter.

 

Depuis Yasmeen multiplie les initiatives en Palestine mais aussi partout ailleurs. Les violences faites aux femmes ne faiblissent pas d’un pays à l’autre, c’est pourquoi la jeune designer se veut porteuse d’un féminisme universel qui combat les stéréotypes. Un mouvement inclusif qui doit traverser les frontières et transmettre de l’espoir aux femmes. Et ce, peu importe qu’elles soient orientales, occidentales, en jupe ou avec un voile.

 

Made in Palestine, une lutte constante

babyfist.com

babyfist.com

Toutes les pièces des collections sont tissée à Gaza et portent l’étiquette Made in Palestine. Un choix qui a un prix. En effet, en raison du blocus les pièces peuvent rester bloquées des semaines. Mais travailler avec BabyFist donne aussi de l’espoir à Hassan Shehada et à ses ouvriers reclus dans la bande de Gaza. Le chef d’atelier a réalisé son rêve et produit des vêtements pour le marché européen. Un exploit au vu du contexte peu favorable aux échanges internationaux pour la Palestine. Une connexion entre Ramallah et Gaza importante pour Yasmeen. Cet échange lui permet de supporter l’économie locale et d’illustrer son double combat. «L’occupation (israélienne en Cisjordanie) prive les hommes dans notre société de tout sens de contrôle et de tout sentiment de masculinité et, par ricochet, cela affecte les droits des femmes».

En plus de son implication dans des associations locales qui encouragent les femmes à entreprendre, 10% des recettes de ses ventes sont reversées à une organisation qui envoie médecins et  bénévoles dans les écoles pour éduquer les jeunes Palestiniennes à un sujet encore tabou, les règles.

 

Comme écris sur un de ses t-shirts: chaque rose a sa révolution et Yasmeen a trouvé la sienne. Pour l’aider dans son combat et soutenir le Made in Palestine rendez-vous sur son e-shop (PS:les pièces sont aussi belles que leur histoire).

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