MŌDDO MAGAZINE

La scène musicale italienne change de disque

Exit les chagrins d’amour de Laura Pausini et Umberto Tozzi, la variété italienne est en perte de vitesse et le genre s’essouffle. En plein renouveau, moins timide et tournée vers l’internationale, la nouvelle scène musicale italienne commence à se faire entendre. Voyage dans la nouvelle BO du Bel Paese.

Le rap italien s’exporte

Si en France le rap a fait son nid depuis plus de dix ans, il vient tout juste d’exploser en Italie. De l’autre côté des Alpes la scène rap est restée longtemps bloquée dans les années 90. En effet les sonorités hip-hop peinent à se frayer un chemin entre les contraintes linguistiques et la peur du changement. Mais le début des années 2010 qui marque l’arrivée de la trap, redistribue les cartes du paysage musical. En effet, les rythmes sont plus lents et les mélodies pop s’adaptent aux accents chantants de l’italien. Un renouveau qui donne à la scène urbaine italienne une résonance internationale et permet à toute une nouvelle génération d’artistes de s’exprimer.

En chef de file on retrouve Sfera Ebbasta. Le jeune rappeur de 25 ans, commence sa carrière en 2015 en collaborant avec différents artistes internationaux. On le voit notamment apparaître dans le clip Cartine Cartier sur le premier album de SCH. Celui qu’on appelle Trap King campe sur le haut des Charts et remet le rap italien au goût du jour. Mélange de PNL et Niska, Sfera Ebbasta est le premier artiste italien à entrer dans le top 10 streaming international avec son album Rockstar sorti en janvier 2018.

Dernier succès en date, Calipso, tube de l’été réalisé par son beatmaker à succès, Charlie Charles, en featuring avec Mahmood révélation de l’eurovision 2019  et Fabri Fibra l’Akhenaton italien.

Plus old school, le rappeur Ghali partage le haut de l’affiche avec Sfera Ebbasta. Le jeune rappeur varie les genres et passe facilement des textes engagés aux musiques de club. Devenu incontournable en 2016 grâce son titre Ninna Nanna, Ghali évoque ses origines tunisiennes. Dans une Italie en proie à la montée de l’extrême droite, l’artiste s’impose et prône la différence. Celui qui chante en italien avec l’accent milanais, français avec l’accent tunisien et tunisien avec l’accent italien s’est même offert un featuring avec le rappeur français Lacrim sur son titre Tristi en 2017.

L’Indie Pop fait trembler Laura Pausini

L’Indie pop est arrivée en Italie au début des années 2000. Bien accueillie, elle n’arrive pourtant pas à s’imposer face à la variété italienne en tête de tout les classements.  Mais le vent tourne en 2015 avec l’album Mainstream de Calcutta. L’artiste popularise le genre grâce au succès de son titre Cosa mi manchi a fare. Bien loin du folklore et des histoires d’amours tragiques des artistes de variété, l’Indie Pop plaît. Des textes bien travaillés et des ballades entraînantes envahissent les labels indépendants.

Encouragé par une audience grandissante le courant se diversifie. Classé dans le genre Folk Rock, on retrouve le groupe I segreti avec leur univers nostalgique, générique d’un été qui se termine. Ou encore Frah Quintale, un jeune chanteur indépendant, qui mélange rap et chanson d’auteur. En 2016 il publie ses premières chansons, donne quelques concerts et rencontre le succès grâce au bouche à oreille. Un album et une playlist plus tard l’artiste qui chante les lendemains de soirées, les filles et les aléas du quotidien croule sous les demandes de collaborations.

Cratere, extrait de son premier album Regardez-Moi sorti en 2017 qui met en scène sa rupture.

L’écho des nuits milanaises

Pas d’âge ni de visage, Myss Keta est sans aucun doutes l’ovni musical de ces dernières années. Sur fond de musique electro, une jeune femme cachée derrière un masque de glitter se raconte d’une voix suave. En août 2013, le collectif Motel Forlanini cherche a capturer l’esprit underground de Milan, ainsi naît Myss Keta. Dans un franc parlé mi-rap, mi-téléphone rose, la chanteuse parle de sa vie mouvementée entre botox, VIP et cocaïne. Le phénomène est loin d’être éphémère, à vrai dire, il prend de l’ampleur. Après un premier album, Una vita in Capslock en 2018, Myss Keta sort un second opus l’année suivante. Depuis elle enchaîne les featuring, s’invite à tout les festivals et devient une véritable icone nationale. Myss Keta a réussi son pari, elle est devenue la voix de Milan, celle qui court les clubs quand le soleil se couche.

Avec son titre Adoro en featuring avec le rappeur Il Pagante, Myss Keta nous plonge dans la nuit milanaise.

Cette nouvelle scène musicale italienne, créative et entreprenante, n’est pas prête de baisser le rideau.

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