MŌDDO MAGAZINE

Mode: pourquoi sommes nous tous habillé pareil ?

Un jean flare qui nous transporte dans les années 70, des boots blanches qui rappellent les années 60. Les armoires des décennies passées étaient marquées par un style fort et codifié. La mode et ses tendances étaient des marqueurs de temps. Les choix n’étaient pas illimités et avoir son propre style demandait un peu d’imagination. Depuis l’industrie textile a enclenché le mode fast-fashion et a pris le virage du numérique. Vente online, sur-mesure, seconde main… Il n’a jamais été aussi facile de se distinguer alors pourquoi sommes nous tous habillé pareil?

Limitless-Fast-Fashion

© Hans Eijkelboom People of the twenty first century

© Hans Eijkelboom People of the twenty first century

Les portants de H&M, Zara et Mango sont renouvelés sans interruption et les articles se vendent un centième du prix des pièces desquelles ils s’inspirent. Une réactivité à bas coût qui transforme les clients en sur consommateurs.

Pour ne pas rater le train des tendances on achète en moyenne 20 kilos de vêtements chaque année, soit 60% de plus qu’il y a 15 ans. Une surproduction et une surconsommation qui en plus des conséquences écologiques et sociales ont uniformisé notre rapport aux vêtements. En effet ces grandes enseignes, nées à l’heure de la globalisation, ont envahi toutes les métropoles. Et si les collections changent toutes les semaines, les pièces demeurent les mêmes à Paris, Berlin ou Shanghai.

Dans les années 90 pour trouver un Levi’s original il fallait se rendre à Londres. Aujourd’hui? Il suffit d’allumer son ordinateur. Internet a renversé toutes les cartes du shopping traditionnel. La recherche, le coup de cœur et les flâneries au centre-ville ont été remplacé par le tout-et-tout-de-suite. Les e-commerces et les stratégies digitales sont soignées dans les moindres détails quand les vitrines de boutiques peinent parfois à rejoindre un retour sur investissement.

Si internet économise notre temps de recherche, il nous prive aussi de notre imagination. Devant notre écran, l’offre illimitée est capable de combler tout nos besoins et crée une infinité de désirs. Si avoir le choix est un luxe, devant l’abondance le cerveau humain répond souvent par la confusion. Paralysé par toutes ces sollicitations, il devient tellement difficile de choisir que nous préférons remettre nos décisions à plus tard. Les algorithmes des réseaux sociaux viennent alors à notre rescousse et ainsi naissent les influenceurs.

 

Instagram is watching you

© popsugar.com

© popsugar.com

Les réseaux sociaux qui prônent pourtant la mise en scène de l’individualité auraient-ils tué l’originalité? Pas une photo de vacances sans sa bouée flamand rose ni un hiver sans la trilogie story-plaid-cappuccino. Les réseaux sociaux et plus particulièrement Instagram, dont l’image est le principal vecteur d’information, ont largement participé à l’uniformisation des goûts et des couleurs. Sur nos feeds le partage du quotidien est soumis à des codes esthétiques attestés par l’ampleur de sa liste d’abonnés. Une singularité toute relative puisqu’elle doit plaire au plus grand nombre. Il en est de même pour les comptes modes et les influenceurs qui dépendent des stratégies digitales et de leur audience. On finit par voir les même produits partout et il devient même difficile de reconnaître une marque de sa voisine tant elles semblent empreintes des mêmes inspirations.

En moyenne un utilisateur français ouvre son app Instagram jusqu’à 10 fois par jour. Et par 10 fois il sera confronté à une marée d’images standardisées selon les tendances du moments. Des posts qui agissent comme des images subliminales sur une audience de plus d’un milliard d’utilisateurs.

 

 

Le brunch est le même partout

© Jolieplace.com

© Jolieplace.com

Pour se rendre compte du phénomène il suffit de se rendre dans un bar au centre de n’importe quelle grande ville du globe. Il y aura toujours un bar vegan prêt à vous accueillir dans son ancienne usine réinvestie par des plantes, du bois et des slogan lumineux (entre un barber-shop et une boutique vintage). L’écrivain américain Thomas Chatterton Williams résumait déjà la situation en 2013 dans son article “Comment les hipsters ont tués Paris” paru dans le New-York Times. “La triste réalité de notre époque, c’est qu’elle n’impose plus d’être à un endroit particulier. Le brunch est le même partout.” Donc peu importe où vous allez, si vous cherchez votre propre style partez donc à sa rencontre en mode avion.

Cultiver sa différence

Ninoo.com

 

Le style vestimentaire est un outil de communication puissant. En effet, il est parfois notre premier et unique contact avec le monde extérieur. Une manière de s’habiller traduit souvent une manière d’être. Il n’est pas question de sortir du lot ou de se fondre dans la masse mais plutôt de se retrouver soi à travers la silhouette que dessine ses vêtements. Pour trouver son inspiration il faut donc quitter les voies traditionnelles et éviter les tendances qui s’essoufflent en une saison. Parfois il suffit de préférer un film à une recherche google, feuilleter un vieux magazine, un livre, voyager dans l’espace et dans le temps. Savoir entrer dans les boutiques inconnues de google maps et fouiller dans les armoires de nos parents.

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